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21/09/2011

«Morgan Parra à l'ouverture: une absurdité? Un coup de génie», par Bertrand Volpilhac

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Aujourd’hui je cède ma place à mon camarade du service sport  de 20 Minutes.fr, Bertrand Volpilhac. Avec son talent habituel à défendre les causes les plus inattendues et surtout clermontoises («Alexandre Lapandry est le meilleur troisième européen ça crève les yeux, je l’ai encore vu samedi dernier samedi dernier sur Rugby + lors de Clermont – Bourgoin», Bertrand vole au secours de Marc Lièvremont et de son choix de titulariser Morgan Parra à l’ouverture contre la Nouvelle-Zélande.  Moi je dis: prends ça le New-Zealand Herald.

«Marc Lièvremont l'a fait: Parra ouvreur face aux All-Blacks. La claque pour Trinh-Duc, chouchou depuis quatre ans. L'impression qu'on marche sur la tête, à l'envers.» Si on devait vous le présenter, on le comparerait à Vincent Duluc. Richard Escot est à la rédaction rugby de l'Equipe ce que le grand bouclé est à celle du foot: la voix dominante, le singe savant, le grand gourou. Et son tweet, émis de Takapuna une heure après l'annonce de la composition du XV de France contre les All-Blacks, est dans le grande lignée des multiples prises de positions anti-Lièvremont de son quotidien, largement relayées aujourd'hui dans l'opinion publique. Manque de cohérence dans ses choix, irritante tendance à de retourner sa veste d'un match sur l'autre et, surtout, incapacité en quatre ans à faire de son équipe une ensemble homogène et compétitif sont autant de griefs qui valent aujourd'hui à l'ancien troisième ligne des Bleus d'être surnommé «Raymond Lièvremont». Pas forcément justifié.

En surface, la titularisation de Parra (demi-de-mêlée avec son club de Clermont) au poste de N°10 est étonnante. Le gamin n'a jamais commencé un match titulaire avec son club, encore moins avec les Bleus, et n'a dépanné qu'une trentaine de minutes cumulées à l'ouverture lors des deux premiers matchs de la Coupe du monde. Et pourtant, si l'on regarde un petit peu plus loin que le bout de son nez, on s'aperçoit que ce «pari» pourrait s'apparenter à un coup de génie.


Perdre le match, garder la face

Rappel du contexte: La victoire de l'Irlande face à l'Australie a complètement redistribué les cartes de cette Coupe du monde. Pour résumer la situation, en cas de défaite face à la Nouvelle-Zélande, la France pourrait s'ouvrir une voie royale vers le finale en accédant à une partie du tableau plus «aisée» en rencontrant l'Angleterre en quart et l'Irlande ou le Pays de Galles en demi, plutôt que l'Argentine  puis l'Australie ou l'Afrique du Sud. Et malgré tout le respect que méritent nos voisins du nord de l'Europe, il est évident qu'il est préférable de rencontrer des adversaires dont on connait les faiblesses et que l'on a battu dans un passé qui ne remonte pas aux dernières sélections de Pierre Albaladéjo – ou contre qui on a mangé 60 pions il y a 6 mois. Bref, malgré tout ce que pourront jurer les joueurs et tout ce qu'assurera le sélectionneur cette semaine, il faudra perdre contre les  Blacks, samedi. Je le sais, vous le savez, Marc Lièvremont le sait. Sauf qu'en rugby plus qu'ailleurs, la défaite volontaire est un exercice périlleux.

Dans un sport où les matchs amicaux (les tournées de novembre et d'été) comptent plus que les autres, l'honneur n'est pas une vulgaire rengaine balancée entre deux coups de boules avant de rentrer sur la pelouse. Dans un France–Nouvelle-Zélande, on joue sa vie. Et expliquer à des garçons qu'il va falloir balancer un match qu'ils attendent depuis le jour ils ont appris l'existence de ce ballon bizarrement foutu, ce n'est simplement pas pensable. Sans compter qu'une telle consigne inciterait les Français à jouer relâchés, à ne pas s'engager physiquement. Au rugby, c'est le meilleur moyen de se faire exploser et de rentrer aux vestiaires avec un car de blessés.

Difficile donc d’imaginer Lièvremont donner ordre de laisser filer. Surtout avec la sinistrose ambiante qui entoure notre XV de France. Hésitants contre le Japon et le Canada, les Bleus doutent d'eux-mêmes et ne tireront pas grand chose de positif d'une fessée historique. Et le sélectionneur des Bleus Lièvremont sait qu'il pourrait alors perdre pour de bon certains joueurs qui commencent à remettre sérieusement ses compétences en question.
Impossible aussi pour lui de lancer un XV composé uniquement de coiffeurs. Par respect pour la Coupe du monde d’abord, mais aussi parce que le climat populaire autour des Bleus n’est pas suffisamment sain pour oser telle audace. Et Lièvremont n’a sans doute pas envie de passer à la postérité comme le premier sélectionneur français à prendre 70 pions en Coupe du monde et à avoir ramené le rugby français à un niveau qu'il n'avait pas connu depuis l'après-guerre - quant il luttait pour être intégré au tournoi des quatre nations. Surtout si les Bleus s'arrêtent en quart. Bref, la France doit perdre, mais éviter de sombrer. Et voilà l'explication du XV de France face aux Blacks: une équipe crédible – ses cadres sont là -, équilibrée, compétitive, mais qui ne pourra pas gagner.

D’où la titularisation de Parra en dix. Convaincant dans ses piges face au Japon et au Canada, il est le remplaçant logique de Trinh-Duc. Mais même s'il est talentueux à en crever, le Clermontois n'a pas assez d'expérience du poste et manque trop de repère défensifs pour espérer soutenir la comparaison avec ce qui se fait de mieux en terme d'ouvreur au monde, le Neo-Z Dan Carter. La France ne pourra pas battre la meilleure équipe actuelle avec un dix de fortune. Au mieux, elle résistera. Mais surtout, elle ne sombrera pas. L'Eden Park ne doit pas être le lieu où les XV de France a pris la foudre, mais celui où il a inventé le «lose happy». Cette façon géniale de laisser filer un match avec honneur, les armes à la main, et presque sans s'en rendre compte. Ou comment perdre tout en gardant la face.

Réveiller Trinh-Duc

Plus qu’une belle appréciation d’un contexte particulier, cette titularisation de Parra est un véritable coup de génie à tiroirs. Car dans l’affaire, François Trinh-Duc reçoit un coup de pied au cul salutaire qui pourrait faire de lui la star de cette Coupe du monde. La tête ailleurs (il vient juste d'être papa), «FTD» a complètement raté son début de Coupe du monde. Devenu indispensable à un poste où il s’était installé un peu par hasard, le Montpelliérain a été rattrapé par la réalité d’une compétition internationale: il n'est pas un ouvreur.

Médiocre dans le jeu au pied – sérieux, François, c'était quoi ce petit coup de pied par-dessus en bout de ligne contre le Canada? -, perfectible dans sa vision du jeu, il possède en revanche toutes les qualités du premier centre – bonne capacité à faire jouer derrière lui et à attaquer la ligne. Mais en France, on n'a pas beaucoup mieux en 10. Alors on le colle sur le banc pour un match aussi symbolique que dénué de tout enjeu. Histoire de le booster un peu. Histoire qu'avant d'être ce lanceur de jeu imprévisible, cet élément perturbateur qui rend parfois le jeu des Français si difficile à lire, il n'oublie pas que l'ouverture est un poste à responsabilités qui nécessite lucidité, sobriété et rigueur. Le Montpelliérain ne l'a pas forcément mal fait, il a juste oublié de le faire. Il est le meneur de jeu, et si celui de l'équipe de France est parti dans tous les sens face au Japon, c'est de sa faute. Lièvremont: «Je suis déçu et je l'ai dit à François. J'attends plus de sa part. Il a été moins bon sur les deux derniers matchs et l'ouverture est un poste où, plus qu'ailleurs, la régularité est nécessaire. Morgan [Parra], par son culot lors de ses entrées en jeu, lui a montré son enthousiasme. Mais si ce n'était pas une décision simple à prendre, il ne s'agit que d'un match de poule, au-delà de la symbolique qu'il aura. Il y aura plus de concurrence. Elle n'a peut être pas assez été marquée ces trois dernières années...

Reste que François Trinh-Duc est la clé. Sans son énergie au cœur de sa ligne d'attaque, sans ses éclairs de génie, la France ne pourra pas être championne du monde. Mieux: pour être championne du monde, elle aura besoin que FTD sorte le(s) match(s) de sa vie. Lièvremont le sait et n'espère qu'une chose, que son ouvreur tombe dans son bluff. «On va voir comment il réagit. Avec ce choix, je fais en sorte qu'il se reprenne. A lui de se remobiliser et de montrer qu'il est un champion.» La réussite du XV de France passe par là.»

PS : Inutile de préciser qu’en cas de victoire contre la Nouvelle-Zélande, ce coup de génie se transformera en belle arnaque pour les Français. Et Trinh-Duc pourra toujours se lever de bonne heure pour récupérer sa place de titulaire.

01:58 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Bonjour,

Enfin !!! Enfin je trouve quelqu'un qui pense comme moi !!! C'est un vrai coup de bluff c'est clair et je n'aurais pas mieux dis ...mais votre "PS" n'est pas anodin et si les français gagnent! (ok peut probable mais tout de même possible) tout s'écroule! Car si les français gagnent cela voudra dire que Parra a été énorme et 1/ FTD fini coiffeur ou presque et 2/ Parra aura t'il 2 fois la chance du débutant ? (en 1/4)
Ou alors FTD rentre en 2e MT et fait une mi-temps de rêve qui nous fait gagner (un peu comme Titou Lamaison en 99 en match de poule...)

Ouais ok ça fait beaucoup d'hypothèse tout ça ...

Écrit par : Mat | 21/09/2011

Ou les Blacks font tout pour nous faire gagner, histoire d'avoir eux, le boulevard !
Où est le bluff ? Chez nous ou chez eux, car, les Blacks sont tout autant gestionnaires que nous, alors ?...wait and see !

Écrit par : Minotor | 21/09/2011

Absurdité ou pas, pour moi, là n'est pas la question, d'ailleurs, je suis persuadé que M.Parra va gérer.
Ce qui m'agace, c'est cette quasi certitude de la plupart des spécialistes, d'être persuadé qu'en se retrouvant dans la configuration du "tournoi", "une voie royale", je cite, est ouverte à l'équipe de France.
Donc suite du tableau en cas de défaite contre la NZ : l'Angleterre en quart, tu parles d'une aubaine !
Des "France-Angleterre" j'en ai vu quelques uns, à cet égard j'ai souvent pu constater que les Anglais même s'ils sont au plus bas de leur forme et nous au top, ils nous battent quand même. Oui l'équipe de France les a battus parfois, mais dans ce cas, ça se joue toujours à quelques points. Et comme disais, Jean-Pierre Rive : "les Anglais gagnent toujours mais parfois on les bat !" super encourageant...

Écrit par : Dumnac | 21/09/2011

Lièvremont c'est une burne, quoique tu puisses en dire. Vivement qu'il se casse ce Domenech du rugby, ce bon à rien mis à la tête de l'équipe de France par Lapasset, autre tâche du rugby français. Lièvremont est un type incompétent, imbu de sa personne, droit dans ses bottes et qui n'avouera jamais ses erreurs et Dieu sait pourtant si elles sont nombreuses. Alors Mr Volpilhac, arrêtez de le caresser dans le sens du poil pour ne pas dire autre chose...

Écrit par : Olsen | 21/09/2011

Pour le moment lievremont est critiué mais la france est l seconde meilleur attaque et la seconde meilleur marqueur d'essai, certe des matc pas jojo mais qui marque....

Écrit par : ben69005 | 22/09/2011

Tout a fait d'accord avec cet article. C'est une manière de lâcher le match sans le dire ! Cela donne de l’expérience a Para a ce poste, met un coup de pied au c.. de FTD, et si ca passe... ca sera le plus beau coup de poker de la compétition !

Écrit par : Xavier | 22/09/2011

Quand on parle rugby, avant d'énoncer des absurdité, il faut se renseigner : vendredi dernier, ce n'était pas ASM/Bourgoin (laquelle équipe est en pro D2. Mais ASM/Bayonne. Quant à Lapndry, oui : c'est bien un des meilleurs à son poste. Mais Lièvrement ne l'aime pas. Pas plus qu'il n'aime d'autres joueurs. D'où le cas Trinh-Duc. Ce jeune homme est un bon joueur du Top 14 mais il n'a jamais eu le niveau international. Le drame de Lièvremont, c'est qu'en quatre ans, il n'a rien essayé... Hormis Skréla et Beauxis du bout des lèvres. Juste pour dire. Faire jouer Parra en 10, pourquoi pas. Mais pas contre les Blacks. Au lieu de changer régulièrement les cadres de cette équipe au gré de ses humeurs, Lièvremont devrait avoir un peu plus de constance dans ses choix. A défaut d'équipe type, il aurait du, depuis longtemps, dégager des joueurs cadres, susceptibles d'être les leaders. Au lieu de ça, on a droit à des équipes où les titulaires semblent ne penser qu'à eux, juste histoire de marquer leur territoire. Mais, pas de jeu d'équipe...

Écrit par : jipévé63 | 26/09/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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